In Too Deep
Pourquoi – mais pourquoi – j’ai accepté de coacher une équipe d’Elfes ? De Hauts Elfes, qui plus est. Les Amazones des Rain Forest United*, c’est vrai que c’était des taiseuses au regard d’acier et que la gente masculine n’avait pas intérêt à traîner ses guêtres aux abords de leurs vestiaires sous peine de perdre ses (petits) attributs, moi y compris. Mais au moins ça écoutait les consignes et envoyait du steak sur le gazon. Alors que là… ces danseuses ne font même pas semblant de m’écouter ! Ça décline ses titres perdus à tout va : prince de ci, de ça ; et que je sais déjà tout sur les tactiques alors qu’il y en a deux-trois que je soupçonne de ne pas pouvoir dormir sans leur doudou… qu’est-ce qui m’a pris ?… le manque de pognon, voilà ce qui m’a pris.
Face à nous, Les Nains chaotiques des Lammasu Tamers carrément plus sobres. Sauf qu’en guise d’échauffement, ils s’amusent à jeter la balle dans des paniers percés placés en hauteur en chantant des chansons punks et poussant de petits cris dans leur langue noire : Kobe, Magic Johnson, Shaquille ! Drôle de rituel. Enfin… ça ne regarde que leur coach Thomas.
Bref… on commence par recevoir. Je surprends Serian le Lion Blanc se fendre d’une petite prière à Nuffle en scred et v’là t’y pas que son armure se met à briller étrangement. D’ailleurs c’est lui qui ouvre les hostilités et blitze un centaure à trois contre un… et lui démonte le genou à coup de griffes ! La pauvre bête roule à terre sous les yeux effarés de son coach, hurlant qu’il refuse qu’on l’achève comme un vulgaire canasson. Affichant un sourire UltraBrite, Serian le Découpeur salue ses fans en admiration avant lancer la rotule sanglante dans la foule qui se l’arrache, ravie. Quel caboteur de mes deux !
Surtout qu’à la suite, mon lanceur rate une passe assez facile. Les Nains en profitent pour mettre la pression sur le ballon, me pousser un joueur dans le public et m’en envoyer un autre à l’infirmerie. Je ricane. Mes petits elfes se prennent l’esprit du Blood Bowl en pleine poire : pas facile de faire le beau une fois édenté, n’est-ce pas ?
Et de fait, mes joueurs se la ramènent moins. Petit repli tactique, renversement du jeu à droite. Sauf que la dernière ligne de défense des Lammasu parvient à balayer mon lanceur qui relâche la balle pas loin de la ligne de touche. Autour se forme une grosse mêlée incertaine où un bloqueur Nain termine dans les bras amoureux du public et, suite à une série de tentatives de ramassage de part et d’autre et de rebonds hasardeux, le ballon finit au sol pas très loin de la ligne d’en-but des Lammasu. Serian – encore lui – s’en empare sans opposition et fonce marquer en se fendant d’un plongeon spectaculaire**, à la grande la joie des photographes des journaux sportifs présents (dont le Torchon !). Un à zéro pour l’Ulthuan Faîne Club, une poignée de minutes avant la mi-temps.

Underclass Hero
Dans la moiteur des vestiaires, mes Hauts Elfes papotent un peu moins qu’à leur entrée dans le stade. La pensée me traverse qu’on réussira peut-être à en faire quelque chose de ces oreilles pointues. Je m’approche du Prince Aririon d’Yvrenesse pour lui faire part de mes réflexions tactiques. Il m’arrête d’un geste : « Si vous avez quelque requête à nous soumettre, adressez-vous en premier lieu à nos zélés serviteurs qui nous la restitueront sans infidélité. Le phrasé trivial de votre prose m’insupporte. Il est si… vulgaire ». Au moment de revenir sur le terrain, je ne souhaite qu’une chose : que les Nains de coach Thomas leur enfoncent à tous leur bouche pulpeuse d’elfe dans le fondement façon Human Centipede***.
Cette fois, c’est aux Ulthuan FC de donner le coup d’envoi. Coach Thomas, toujours orphelin d’un centaure, propose un placement exotique en laissant son centre dégarni. Les Hauts Elfes partent vaillamment à l’assaut de la balle sécurisée à l’arrière par un trio d’Hobgobelins qui défèquent de peur dans leurs braies. Ces trois petits cochons repiquent au centre en esquissant un début de cage. Princes de mes fesses et Lions Blancs-becs, tellement certains de leur supériorité naturelle, enserrent la formation de toute part façon boa constricteur.
Sauf que c’est plutôt une spécialité d’Amazones et qu’on ne la fait pas aux Dawi Zharr. Faut se rendre compte que ces types bossent quatorze heures par jour toute leur vie depuis l’âge de sept ans dans la touffeur soufrée des forges souterraines de Zharrduk. Leurs biceps et volonté sont trempés du même acier. Et surtout, ces prolos du Chaos ne peuvent pas piffrer les planqués du genre col-blanc. Ou pire : les fils à papa !
C’est à ce moment que j’ai commandé des pop-corn pour voir mes farauds**** se faire atomiser les uns après les autres. Alors oui, la cage cède sous le premier assaut et Serian (toujours dans les bons coups, j’avoue) se saisit du ballon… mais pour se faire sécher comme de la morue dans la foulée. Mes Hauts Elfes tombent comme des mouches : une paire d’entre-eux fait déjà un petit somme sur le banc, avant qu’un modeste surineur ne fragmente le genou de mon unique lanceur, Tarendaril le Certain… surtout certain de courir moins vite à l’avenir. Ha Ha !
La vie est un professeur cruel : elle vous fait passer votre examen avant de vous appendre la leçon. C’est ce que disait mon grand-père qui nous a tragiquement quitté après avoir avalé un hérisson vivant (j’ai fait des tests pour savoir si c’était héréditaire*****).
Je disais quoi ? Ah oui, cruel, tout ça, la vie… Mes sept derniers Elfes comprennent soudain que le match n’est pas encore gagné. À la mi-temps de la mi-temps, repli défensif d’urgence avec les dernières forces présentes du Faîne Club. Y a de la bonne volonté, mais certains de mes joueurs n’arrivent pas à s’extirper du marquage des bloqueurs Nains. Coach Thomas ordonne à son Centaure de se saisir de la gonfle, ce qu’il réussit avec un certain panache, la croupe puissante et l’encolure altière.
Sa bestiole se rêve soudain coursier et se lance dans un galop d’enfer pour traverser le terrain en soulevant dans son sillage de grosses mottes bien grasses. À vrai dire, beaucoup plus vite que je l’en imaginais capable. Cependant, si les Hauts Elfes ont une qualité c’est que ça tricote des pincettes. Une ligne de défense se forme et le Centaure isolé de ses camarades par sa propre vitesse se retrouve encerclé. Il est trop tard pour briser le barrage ; l’arbitre siffle la fin du match en laissant quelques regrets à Thomas qui s’est valeureusement défendu en tant que coach débutant.
Quant à moi, je ne sais pas si je peux me réjouir de cette victoire car c’est officiel : je déteste encore plus mes joueurs qu’avant le début du match ! Je vous laisse, je vais de ce pas verser du laxatif dans leur boisson de récupération…
* voir la Saison 5 du côté de la Division Bleusaille
** note technique 7, note artistique 10
*** idée soirée cinéma en amoureux
**** bah ouais, j’ai du vocabulaire à force de côtoyer ces péteux
***** ça l’est. Je regarde les hérissons d’une autre manière depuis
