Catégorie : Match

Sans pitié, sans rancune.

C’était sans doute l’une des affiches les plus attendues de cette deuxième journée : The Red Is Dead contre les Talions Dha’Chill. 

Officiellement, il ne s’agissait que d’un simple match de saison régulière. Officieusement, c’était l’occasion pour les deux coachs de régler un différend qui couve depuis le début de la saison. En cause : le désormais célèbre « incident des rosters », sur lequel le Torchon a déjà fait un article. Pour en savoir plus, abonnez-vous au Torchon. On vous l’a déjà dit, bordel de merde !!! Qu’attendez-vous ?

D’un côté, Bob, battu lors de la première journée par les biquettes de Fumble et bien décidé à mettre du poing sur la tronche. De l’autre, Ben le Reptile, vainqueur de son entrée en matière face aux buveurs de sang de XIII et confortablement installé dans le haut du classement.

Ben, conscient qu’aucun cadeau ne lui serait fait, arriva au stade avec son équipe, un esprit combatif à toute épreuve… et quelques minutes de retard.
Bob affichait une motivation particulièrement inquiétante. Selon plusieurs témoins, il aurait passé l’échauffement à regarder le camp adverse avec un regard… inquiétant, avec à la main une tasse fumante d’un breuvage dont la composition semblait être tout aussi inquiétante. A retrouver à la fin de l’article.

Afin que la rencontre puisse se dérouler dans des conditions pas pires que d’habitudes, les organisateurs avaient pris plusieurs mesures de sécurité. L’introduction dans le stade de sacs à dos, tote bags et bananes fut strictement interdite. La petite sacoche qu’on porte autour de la taille, pas le fruit. Heureusement. Parce que nous sommes tout de même en démocratie. Qu’est-ce que les spectateurs pourraient bien jeter sur les joueurs si les bananes étaient interdites ? Leur voisin ? Remarquez… C’est une idée à creuser.

De plus, ils avaient également tout prévu pour empêcher les deux coachs de se croiser avant le coup d’envoi. Tout. Sauf un détail, les loges des coachs étaient situées juste à côté l’une de l’autre. Le Torchon a donc pu assister à un échange verbal d’une rare violence, digne des plus grands poissonniers du marché de Niou Ork. Des propos si choquants que nous avions initialement décidé de ne pas les publier. Puis nous avons réalisé que ça ferait vendre.

Petit extrait :

Bob : « J’espère que tu as une bonne assurance-vie, parce que je serai sans pitié ce soir. »
Ben : « Oui, ça va merci. J’ai la même depuis cinq ans et j’en suis plutôt satisfait. »
Bob : « Ah oui ? Laquelle ? Avec les enfants qui grandissent, la mienne ne correspond plus vraiment à mes besoins. »
Ben : « Les Assurances Eugène Régène. Très efficaces, disponibles jour et nuit. Un peu chères, mais je n’ai vraiment pas à m’en plaindre. Je crois qu’ils sont spécialisés dans les non-morts, mais il y a peut-être moyen de s’arranger. »
Bob : « Tu pourras me donner leurs coordonnées ? »
Ben : « Bien sûr. Rappelle-moi juste après le match. Je crois qu’on nous écoute… »
Bob : « Ha ?! Euh… Je vais te briser en mille morceaux ! »
Ben : « Et moi je vais te… je vais te… te réduire en choucroute ! »

De vraies bêtes.

Le match s’est déroulé dans des conditions météorologiques parfaites. C’est Bob qui gagne le toss et choisit de recevoir. Il se repositionne d’une case, et c’est parti !

Comme il est de bon ton dans un match de blood bowl, la première action fut un blocage. Et comme à son habitude, Bob parvient à obtenir comme premier jet un double crane. 

Il se prépare alors à utiliser sa relance et fait appel à son capitaine. Bob obtient un 6. Incroyable. C’est alors qu’une chose étrange s’est produite : un bruissement, ou plutôt un soupir de dépit, a parcouru tout le stade. Un vendeur de friandises glissa sur une peau de banane faisant valdinguer toute sa marchandise. Et puis c’est tout. Bob a pu relancer les dés tout en conservant sa relance d’équipe. Krunch !!! Le match est bien lancé.

Très vite, le lanceur ork ramasse le ballon tombé au fond du terrain et avance sur la gauche. Il parvient à se glisser dans une brèche de la défense et franchit la ligne médiane. Il emmène avec lui plusieurs joueurs qui lui permettent ensuite de se repositionner sur le côté droit du terrain. Mais ils se retrouvent face à une défense implacable des Red Is Dead, incarnée par Aaaah le spectre n°5. Le spectre blitze le lanceur ork et lui fait perdre la balle.

S’ensuit alors une bagarre pour reprendre le ballon. Les joueurs orks s’acharnent sur le spectre qui, avec son Glissage Contrôlé, agace fortement le coach Bob. Ils finissent par le mettre à terre. Le blitzer ork parvient à ramasser le ballon et inscrit le premier touchdown de la partie au 8e tour.

Durant cette mi-temps, en plus de jouer la gagne, l’équipe des Talions Dha’Chill a également joué les chevilles. Ils ont sorti quatre joueurs des Red Is Dead, dont trois ont pu être régénérés.

Avec les Assurances Eugène Régène, la non-vie est plus zen.

Début de la seconde mi-temps : les Talions se retrouvent néanmoins à dix joueurs. L’un des linemen s’est fait piétiner par un golem et a perdu 1 point d’armure. Le coach Bob n’a pas osé réveiller l’apothicaire, qui peut se montrer d’une humeur massacrante lorsqu’il n’a pas eu son compte de sommeil.

Coup d’envoi. Le ballon part au fond du terrain, sur le flanc gauche des Red Is Dead. Le loup est en position pour le ramasser, mais est-ce à cause de ses grands pieds ? De ses grandes mains ? De ses grandes dents ? Toujours est-il qu’il lui faudra trois tours pour ramasser ce p…n de ballon.

Cela laisse le temps aux Talions d’avancer et de mettre la pression sur le loup. Mais une fois le ballon en main, le voici qui file sur leur flanc droit, laissant les Talions tout pantois. Sueur froide chez les orks. Ils parviennent à se repositionner, mais se demandent s’il faut jouer le ballon, et donc attaquer le porteur, ou se concentrer sur la défense.

Cette hésitation permet une première fois aux Red d’inverser leur attaque en se repositionnant sur leur gauche. La défense ork repasse alors de l’autre côté, de quoi donner le mal de mer. Un blitzeur ork, resté de l’autre côté du terrain, parvient à blitzer le porteur de balle à un dé. De quoi ralentir la progression, mais le danger reste présent.

Le loup, qui n’a plus la balle, parvient néanmoins à avancer très près de la ligne d’en-but. Une nouvelle bagarre éclate autour du ballon. Les joueurs orks s’acharnent à nouveau sur un spectre qui manque de pousser le ballon dans le public. Ils ne parviennent toutefois pas à le mettre à terre.

Une fois encore, le coach Bob se pose peut-être un peu trop de questions. Un blitzer pourrait, avec deux esquives (dont une dans une zone de tacle) et un ramassage, s’envoler vers un potentiel deuxième touchdown en seulement deux tours. Avec esquive en force et une relance, ça parait jouable. 

Pendant ce temps, le troll décide de réfléchir beaucoup moins. Lui choisit de taper sur le zombie au chapeau, son souffre-douleur durant toute la rencontre. Mais les deux joueurs se retrouvent plaqués au sol. Le public est en folie et des bananes par dizaines jonchent le terrain.  C’est foutu pour le deuxième touchdown.

Lors du tout dernier tour, Ben le Reptile parvient à galvaniser ses joueurs, qui mettent à terre la plupart des orks. Aurait il trouver le point faible des Talions Dha’Chill ? Le loup attend toujours le ballon à quelques cases de l’en-but. Une goule tente alors de ramasser la balle… Et échoue lamentablement. C’est foutu pour égaliser. 

Au coup de sifflet final, Bob affichait une joie contenue, par habitude. Il ne faudrait pas trop attirer l’attention de Nuffle. D’ailleurs, ce dernier semblait avoir complètement oublié la rencontre.

Selon nos informations , Nuffle aurait abandonné la rencontre au tout début de la rencontre lorsque Bob a obtenu son 6. Nuffle aurait alors poussé un profond soupir, et le vendeur de friandises au passage. Il serait aller découvrir un nouveau jeu sur la table voisine : Daitoshi. Il reporta aussitôt toute son attention sur Natayel, qui semblait avoir bien davantage besoin de son intervention. Perdre avec près de 100 points d’écart n’est jamais anodin. Certains parlent d’une défaite, d’autres d’une expérience spirituelle.

Exclusif

A la sortie des vestiaires, nous avons réussi à interroger Bob sur le contenue mystérieux de sa tasse fumante.
Bob : « Avant de jouer, j’ai bu une petite tisane aux plantes. Ça me détend, c’est mon rituel. Sur le sachet, il y avait une phrase : Quand vous agissez avec compassion, vous n’êtes jamais dans l’erreur. Et bien je dois dire que cette pensée m’a accompagné tout le temps du matche : je n’ai eu aucune compassion pour mon adversaire. Certes, j’ai fait quelques erreurs, mais j’ai gagné.« 

En tout cas, à la fin du match, l’animosité entre les deux coachs semblait s’être dissipée. Il faut dire qu’ils se connaissent depuis longtemps. Cela faisait également bien longtemps qu’ils n’avaient pas disputé une rencontre aussi agréable à jouer. Tout n’avait pas été parfait, loin de là, mais le suspense, les renversements de situation et les actions improbables avaient offert un spectacle de grande qualité.

Et même si Ben avait mis la main sur le roster favori de Bob, les deux hommes finirent par s’accorder sur un point essentiel : toute cette histoire était avant tout la faute des commissaires Greg et Omaha. Comme souvent.

Car c’est notre projet (elfique) !

Casse-toi, pauv’ Skink

Celui qui s’identifie comme notre coach, Romu – cet  humain si insignifiant* –, nous informa que l’équipe des Croc Canard Shiste de coach Hydrasil (encore un humain, hum…) attendait notre venue sur la pelouse depuis deux misérables heures. Et alors ? Qu’ils prennent exemple sur nous qui faisions preuve d’une patience infinie alors que nos serviteurs malhabiles laçaient nos armures !

Agacé, je renvoyais coach Romu d’un geste de la main. Depuis le couloir des vestiaires, je l’entendis murmurer dans sa barbe « Croc Canard**». Quel rituel étrange que de prier l’équipe adverse. Nous, glorieux équipiers des Ulthuan Faîne Club, sous le patronage du Prince Aririon d’Yvresse (c’est-à-dire, moi), gagnâmes le terrain moins d’une heure plus tard en compagnie de deux journaliers mystérieux recrutés en dernière minute, leur visage dissimulé sous un casque oblong.

Je ne sais pourquoi, mais on nous attribua une mascotte miteuse. Une prière à Nuffle invoqua une amitié de l’arbitre que je rejetai sur-le-champ : ne perdons pas notre dignité à fouler nos adversaires à terre, fussent-ils des lézards rudes et squameux.

Coach Hydrasil remporta le toss et nous engageâmes. Les petits Skinks s’agitèrent dans leur camp pour capter la balle, ce à quoi ils ne parvinrent point car un balourd de Saurus dérapa, emporté sans doute par sa propre rage. J’en profitai pour courir dans la moité de terrain adverse, évitant des tacles trop lents pour espérer me ralentir. Le Prince Dragon Iroril fit de même, me défiant d’un sourire de ravir le ballon en premier.

Je ris de bon cœur à la fanfaronnade, et cette petite seconde d’inattention permit aux Skinks de chaparder la balle et de la remonter en un éclair dans notre moité de terrain. Je haussais les épaules de ce contre-temps et réalisai un demi-tour gracieux. Sans mal, notre défense propulsa le Skink à terre et la balle voltigea dans les gradins avant de nous revenir. Il était temps de reprendre la main ! Hélas l’un de nos Lions Blancs heurta le sol de la tête à la suite d’une esquive presque réussie. Nous avions déjà un autre Elfe étourdi sur le banc ; les lézards nous encerclaient déjà, chantant dans leur langue sifflante une sorte de mélopée révolutionnaire emplie d’une haine des élites. Ceci me provoqua un hoquet de révulsion.

Nous, les Hauts Elfes, sommes vaillants et doués, mais les Saurus sont larges, faibles d’esprit et frappent comme des sourds. La bataille fut longuement indécise autour de la balle, un jeu de à-toi à-moi désagréable car les corps moites des Croc Canard Shiste dégagent une odeur prolétarienne forte et rance***.

Heureusement, le talent naturel et la méritocratie payèrent. D’un coup de rein, notre n°9 se dégagea de la nasse, balle en main. On eut dit qu’une mouche avait piqué les lézards qui se mirent à se débattre avec frénésie. Mon cher ami Iroril de Cothique fut frappé à la tempe par un de ces puissants Saurus. Un instant, nous le crûmes passé de vie à trépas avant que notre apothicaire nous rassurât : il ne s’agissait que d’un léger malaise vagal. La seconde suivante, un Skink – trop optimiste quant à ses capacités pugilistiques – rejoignit les urgences, la langue collée à l’œil. Un autre échoua à esquiver nos tacles et mourut pour de bon.

Sans surprise ni opposition, nous pûmes alors inscrire le premier touchdown de ce match, et ce fut par le concours de l’un de nos surprenants journaliers. Je fronçai le sourcil : cet anonyme se mouvait d’une manière bien particulière, peu commune pour un Haut Elfe. Le coup de sifflet qui scella cette première mi-temps interrompit mes réflexions soucieuses.

Un stade, c’est un lieu où l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien

Les nuages s’étaient accumulés pendant la pause. Un vent mordant déferla d’on ne sait où, obligeant les spectateurs à s’emmitoufler dans leurs manteaux ou leurs haillons****. Très vite les premiers flocons tombèrent. Par le Grand Vortex, se pouvait-il que Nuffle se jouât de nous ?

« Alors les valseurs ? On envisage d’enfiler une petite laine ? Pas facile de lancer la balle avec les doigts gelés, n’est-ce pas ? Ni de courir un peu plus sans se ramasser le museau… » J’ignorai les sarcasmes de cet humain qui s’imaginait nous diriger. À vrai dire, je laissai coach Romu déverser sa bile car nous étions liés par contrat. Il nous importait à tous de remporter le championnat pour tenir tête à nos Pères – chose hélas impossible sans coach – et les provocations d’un être vulgaire***** ne devait nous détourner de notre noble objectif.

Nous exécutâmes quelques étirements à base de simples grands écarts et de sauts périlleux arrières faciles. Nos assommés avaient tous repris forme et c’est ainsi que nous alignâmes trois joueurs de plus en début de mi-temps que les sacs-à-main ambulants d’Hydrasil. Il était temps de démontrer la supériorité naturelle de l’aristocratie sur le bas peuple, blizzard ou non.

Les Croc Canard Shiste donnèrent le coup d’envoi. Même si leurs lignes se retrouvaient dégarnies, je dois bien avouer que nous balbutiâmes notre entame de deuxième mi-temps. Très vite, l’un de nos journaliers vit trente-six chandelles. Qu’importe, la balle en main, nous reprenions nos coups de butoir face à ces êtres égalitaristes et donc voués à la pauvreté collective.

Un Lion Blanc portait le ballon. Je vis la lumière côté gauche…. Gauches comme ces Saurus qui représentaient à présent presque exclusivement la composition des Croc Canard Shiste. Il est vrai qu’ils faisaient preuve d’une certaine célérité pour des armoires en écailles, mais toujours moins que votre serviteur. Vous ai-je raconté qu’une année je fus champion du cinq miles de ma Scolæ de commerce privée à 100K couronnes d’or par an ? Papa était tellement fier de moi à l’époque******. Excusez-moi… l’émotion m’étreint chaque fois que j’invoque cette époque bénie.

Où en étais-je ? Ah oui, le Lion Blanc vint à ma rencontre et me transmit le ballon. D’une foulée légère je volais avec aisance, effleurant à peine le gazon, pour franchir la ligne sacrée de l’en-but. Tandis que la foule extatique me célébrait, j’offris un soupçon de mon précieux temps aux photographes en admiration face à notre talent – à mon talent –, cependant j’exigeai du reporter du Torchon (en serrant aimablement son cou de poulet) d’effacer l’ensemble de ses clichés, goûtant peu à leur humour anti-elfique proverbial*******.

Deux à zéro. Sur le renvoi, les Skinks sous pression firent preuve d’une maladresse déroutante. Je me fendis d’un blitz sans pité et récupérai une fois encore la balle. Que la vie est simple pour les êtres – tel que moi – comblés de tous les dons. Un de mes coéquipiers glissa et fut évacué sur le blanc. Péripétie. Les Croc Canard Shiste ne pouvaient couvrir suffisamment de terrain pour contrarier mon destin. Me voilà clôturant ce match par un nouveau touchdown. Trois à rien. La victoire pour l’Ulthuan Faîne Club ; la gloire pour moi ! Ô Pères, voyez-nous !

Notre première décision fut de recruter le journalier qui avait ouvert le score… ou plutôt devrais-je dire la journalière. Sans pour autant dévoiler son visage, elle nous dit s’appeler Kylarra. Puis je dus céder officiellement que nos adversaires du soir firent preuve d’une grande dignité dans la défaite. Tout à l’inverse de Romu… quel coach sain d’esprit s’emporte dès lors que son équipe remporte le match ? Depuis quelques jours, je le soupçonnais d’être lié d’une manière ou d’une autre à la grande épidémie de diarrhée elfique du mois dernier… Qu’importe : pour le moment, rien n’importait plus que de goûter au triomphe de l’excellence sur la banalité, et à l’ordre des choses. For Sure.

* Comme tous les Humains, ou encore pire : les Nains !
** Malgré l’oreille fine des Elfes, le Prince Aririon aura mal entendu, confondant le son « Ca » avec « Co »
*** les propos de mépris de classe du Prince Aririon n’engagent que lui… ainsi que l’ensemble de la communauté des Hauts Elfes
**** … et parfois dans la fourrure de leur voisin
***** Attends ? C’est moi que tu traites de vulgaire ? Je te rappelle que c’est moi qui ai écrit cet article ! Baltringue d’Elfe, va !
****** que c’est dur d’être un fils de p… riche
******* nous avons pris des nouvelles de Bob, il va bien mieux et on s’en félicite… même si la Mutuelle de Santé de la Ligue lui a refusé le remboursement des soins pour ses vertèbres tassées

Waiting on a Twist of Fate

In Too Deep

            Pourquoi – mais pourquoi – j’ai accepté de coacher une équipe d’Elfes ? De Hauts Elfes, qui plus est. Les Amazones des Rain Forest United*, c’est vrai que c’était des taiseuses au regard d’acier et que la gente masculine n’avait pas intérêt à traîner ses guêtres aux abords de leurs vestiaires sous peine de perdre ses (petits) attributs, moi y compris. Mais au moins ça écoutait les consignes et envoyait du steak sur le gazon. Alors que là… ces danseuses ne font même pas semblant de m’écouter ! Ça décline ses titres perdus à tout va : prince de ci, de ça ; et que je sais déjà tout sur les tactiques alors qu’il y en a deux-trois que je soupçonne de ne pas pouvoir dormir sans leur doudou… qu’est-ce qui m’a pris ?… le manque de pognon, voilà ce qui m’a pris.

            Face à nous, Les Nains chaotiques des Lammasu Tamers carrément plus sobres. Sauf qu’en guise d’échauffement, ils s’amusent à jeter la balle dans des paniers percés placés en hauteur en chantant des chansons punks et poussant de petits cris dans leur langue noire : Kobe, Magic Johnson, Shaquille ! Drôle de rituel. Enfin… ça ne regarde que leur coach Thomas.

            Bref…  on commence par recevoir. Je surprends Serian le Lion Blanc se fendre d’une petite prière à Nuffle en scred et v’là t’y pas que son armure se met à briller étrangement. D’ailleurs c’est lui qui ouvre les hostilités et blitze un centaure à trois contre un… et lui démonte le genou à coup de griffes ! La pauvre bête roule à terre sous les yeux effarés de son coach, hurlant qu’il refuse qu’on l’achève comme un vulgaire canasson. Affichant un sourire UltraBrite, Serian le Découpeur salue ses fans en admiration avant lancer la rotule sanglante dans la foule qui se l’arrache, ravie. Quel caboteur de mes deux !

            Surtout qu’à la suite, mon lanceur rate une passe assez facile. Les Nains en profitent pour mettre la pression sur le ballon, me pousser un joueur dans le public et m’en envoyer un autre à l’infirmerie. Je ricane. Mes petits elfes se prennent l’esprit du Blood Bowl en pleine poire : pas facile de faire le beau une fois édenté, n’est-ce pas ?

            Et de fait, mes joueurs se la ramènent moins. Petit repli tactique, renversement du jeu à droite. Sauf que la dernière ligne de défense des Lammasu parvient à balayer mon lanceur qui relâche la balle pas loin de la ligne de touche. Autour se forme une grosse mêlée incertaine où un bloqueur Nain termine dans les bras amoureux du public et, suite à une série de tentatives de ramassage de part et d’autre et de rebonds hasardeux, le ballon finit au sol pas très loin de la ligne d’en-but des Lammasu. Serian – encore lui – s’en empare sans opposition et fonce marquer en se fendant d’un plongeon spectaculaire**, à la grande la joie des photographes des journaux sportifs présents (dont le Torchon !). Un à zéro pour l’Ulthuan Faîne Club, une poignée de minutes avant la mi-temps.

            Underclass Hero

            Dans la moiteur des vestiaires, mes Hauts Elfes papotent un peu moins qu’à leur entrée dans le stade. La pensée me traverse qu’on réussira peut-être à en faire quelque chose de ces oreilles pointues. Je m’approche du Prince Aririon d’Yvrenesse pour lui faire part de mes réflexions tactiques. Il m’arrête d’un geste : « Si vous avez quelque requête à nous soumettre, adressez-vous en premier lieu à nos zélés serviteurs qui nous la restitueront sans infidélité. Le phrasé trivial de votre prose m’insupporte. Il est si… vulgaire ». Au moment de revenir sur le terrain, je ne souhaite qu’une chose : que les Nains de coach Thomas leur enfoncent à tous leur bouche pulpeuse d’elfe dans le fondement façon Human Centipede***.

            Cette fois, c’est aux Ulthuan FC de donner le coup d’envoi. Coach Thomas, toujours orphelin d’un centaure, propose un placement exotique en laissant son centre dégarni. Les Hauts Elfes partent vaillamment à l’assaut de la balle sécurisée à l’arrière par un trio d’Hobgobelins qui défèquent de peur dans leurs braies. Ces trois petits cochons repiquent au centre en esquissant un début de cage. Princes de mes fesses et Lions Blancs-becs, tellement certains de leur supériorité naturelle, enserrent la formation de toute part façon boa constricteur.

            Sauf que c’est plutôt une spécialité d’Amazones et qu’on ne la fait pas aux Dawi Zharr. Faut se rendre compte que ces types bossent quatorze heures par jour toute leur vie depuis l’âge de sept ans dans la touffeur soufrée des forges souterraines de Zharrduk. Leurs biceps et volonté sont trempés du même acier. Et surtout, ces prolos du Chaos ne peuvent pas piffrer les planqués du genre col-blanc. Ou pire : les fils à papa !

            C’est à ce moment que j’ai commandé des pop-corn pour voir mes farauds**** se faire atomiser les uns après les autres. Alors oui, la cage cède sous le premier assaut et Serian (toujours dans les bons coups, j’avoue) se saisit du ballon… mais pour se faire sécher comme de la morue dans la foulée. Mes Hauts Elfes tombent comme des mouches : une paire d’entre-eux fait déjà un petit somme sur le banc, avant qu’un modeste surineur ne fragmente le genou de mon unique lanceur, Tarendaril le Certain… surtout certain de courir moins vite à l’avenir. Ha Ha !

            La vie est un professeur cruel : elle vous fait passer votre examen avant de vous appendre la leçon. C’est ce que disait mon grand-père qui nous a tragiquement quitté après avoir avalé un hérisson vivant (j’ai fait des tests pour savoir si c’était héréditaire*****).

            Je disais quoi ? Ah oui, cruel, tout ça, la vie… Mes sept derniers Elfes comprennent soudain que le match n’est pas encore gagné. À la mi-temps de la mi-temps, repli défensif d’urgence avec les dernières forces présentes du Faîne Club. Y a de la bonne volonté, mais certains de mes joueurs n’arrivent pas à s’extirper du marquage des bloqueurs Nains. Coach Thomas ordonne à son Centaure de se saisir de la gonfle, ce qu’il réussit avec un certain panache, la croupe puissante et l’encolure altière.

            Sa bestiole se rêve soudain coursier et se lance dans un galop d’enfer pour traverser le terrain en soulevant dans son sillage de grosses mottes bien grasses. À vrai dire, beaucoup plus vite que je l’en imaginais capable. Cependant, si les Hauts Elfes ont une qualité c’est que ça tricote des pincettes. Une ligne de défense se forme et le Centaure isolé de ses camarades par sa propre vitesse se retrouve encerclé. Il est trop tard pour briser le barrage ; l’arbitre siffle la fin du match en laissant quelques regrets à Thomas qui s’est valeureusement défendu en tant que coach débutant.

            Quant à moi, je ne sais pas si je peux me réjouir de cette victoire car c’est officiel : je déteste encore plus mes joueurs qu’avant le début du match ! Je vous laisse, je vais de ce pas verser du laxatif dans leur boisson de récupération…

* voir la Saison 5 du côté de la Division Bleusaille

** note technique 7, note artistique 10

*** idée soirée cinéma en amoureux

**** bah ouais, j’ai du vocabulaire à force de côtoyer ces péteux

***** ça l’est. Je regarde les hérissons d’une autre manière depuis