Elle a fait un snotling toute seule
Très chère mère,
Le sommeil me fuit depuis cette nuit d’infamie où – sous l’influence néfaste de quelques champignons délétères – mes sœurs subtilisèrent le trésor des Hommes-Lézards. Comment lever la malédiction qui pèse dorénavant sur la tribu ? Or, grâce à vos rituels à base d’origan et de triple doses de rhum, vous entendîtes la sage parole des Anciens : « Rendre les joyaux aux Hommes-Lézards ne suffira pas. Ni s’en séparer volontairement ou les céder d’une manière ou d’une autre. Non… cette malédiction ne peut s’achever que sur une vengeance mortelle. Les amazones n’ont pas d’autre salut qu’un être avide s’empare à son tour du trésor pour en devenir la nouvelle cible. Mais votre temps est compté. »
Cependant… je suis aussi grand amateur de Blood Bowl et sur ce plan aussi je soutiens mes sœurs de toutes mes forces ! Les Play-Off ont déjà débuté, mais je m’en vais vous narrer le dernier match de la saison régulière au cours duquel les RFU rencontrèrent les terrifiants et invaincus snotlings du célèbre coach Tr3ize (surnom obtenu en marquant autant de touchdowns au seul tournoi du Suprem Brawl IV *). Un défi de taille.
Les Snot Lives Matter préparèrent leur match en travaillant sérieusement le corps arbitral afin qu’il devienne particulièrement attentif à leurs arguments tout au long de la soirée, tant et si bien qu’un snotling fut promu arbitre central ! De plus, ils louèrent les services de la star Varag. Cela n’augurait rien de bon pour les amazones…
Le coup d’envoi fut donné par les RFU… et les premières baffes par les deux trolls entraînés des SLM, le tout accompagné d’un lancer de bombe. À peine le temps d’épeler S.N.O.T, que quatre filles se retrouvèrent sonnées. On entendit coach Romu déglutir jusqu’aux plus hauts gradins. La suite fut une succession d’explosions, coups de poing, agressions au sol, et autres écrasement de membres sous les lourdes roues d’un Pump Wagon… Les amazones encore debout tentent un repli stratégique à base d’esquives.
Ça piaillait et bondissait de partout, on aurait dit une halte-garderie (l’odeur de latrines plus marquée en sus)… jusqu’au moment où coach Romu se rendit compte qu’il avait aligné non pas onze, mais douze amazones en début de match ! Sans doute sous l’effet de la panique… Magnanime, Tr3ize invita la n°10 des amazones à rejoindre volontairement le banc de la réserve et renonça à poser une réclamation en dix-sept exemplaires aux commissaires. Gênance, tout de même. Cette erreur avait-elle faussée la partie ? En dénombrant ses quatre joueuses restantes sur le terrain, coach Romu estima que non, en fait.
Le Rouleau-compresseur des Snot Lives Matter poursuivit sa course et la balle franchit la ligne d’en-but juste avant la mi-temps. Le moral des amazones chuta plus bas que le niveau d’hygiène d’un Squig.
Papaoutai
Pendant la pause, mon esprit dériva sur nos soucis actuels. Nul ne sait que je suis votre fils malgré mon teint un peu mate. Or ma maîtrise du Reikspiel est irréprochable et les plus suspicieux me pensent tiléen ou estalien. Qu’importe… en début de saison, j’étais parvenu à me rapprocher de cet Alton Verchulfen** dont je ne pouvais croire qu’il fût aussi cupide et méprisable que votre description me le fit entendre. En vérité, il l’était tant et plus que je faillis tomber de ma chaise. Face à lui j’ai joué le candide, fleuretant avec la stupidité dans le but d’être associé à son dessein de voler le trésor. Et c’est exactement ce qu’il advint.
Alton me missionna vous espionner sans soupçonner que j’étais à votre service. Je lui rapportai alors l’histoire que nous avions convenu tous deux. Les amazones, lui dis-je, conservent le trésor jour et nuit près d’elles. Pour ne pas attirer l’attention, elles le remisent non pas dans un coffre mais au fond de leur sac de linge sale qu’elles glissent sous leur banc de touche pendant les matchs. Comme prévu, Alton en déduisit que le meilleur moment pour subtiliser le trésor serait lors de la mi-temps, quand les filles se désaltèrent d’une Caipirinha revigorante. Je lui fournis un déguisement d’épilateur de Yhetee *** pour qu’il puisse entrer sur le terrain sans attirer l’attention. Lors du match précédant contre les Mératnicus, grâce à ce subterfuge mais aussi et surtout parce que toute l’équipe des Rain Forest United avait été prévenue de notre plan, Alton s’empara du sac de linge sale… et par là-même du trésor des Hommes-Lézards.
Mon enfant, ma bataille

Mais comment savoir si ce vol avait eu pour effet de lever la malédiction ? Tout à mes réflexions, je ne vis pas le jeu reprendre. Grâce à leur profondeur de banc et malgré les nombreuses sorties, les RFU purent aligner dix joueuses. Sans solution, les amazones décidèrent simplement de jouer le tout pour le tout. Elles réceptionnèrent la balle proprement et la remontèrent à la vitesse de l’éclair jusqu’au milieu de terrain. Les Piranhas fusèrent sur les côtés – dont une portait la balle – et quelques claques furent distribuées aux snot’.
Nuffle serait-il un dieu qui récompense l’audace ? Pas toujours – nous le savons bien –, mais ce soir-là il fut très taquin avec le coach Tr3ize. La défense des snot’ se déploya… mais rien ne se déroula comme prévu. Le Pump-Wagon cala au lieu d’écraser une amazone, le petit morveux en fond de ligne avec sa bombe ne trouva rien de mieux qu’exploser la face d’un de ses camarades et l’envoya à l’infirmerie malgré les rappels aux entraînements… mais les snot’ ont-ils l’habitude d’écouter leur coach ? Bien sûr que non : ils ne sont bons qu’à sautiller, mordiller et ricaner !
Il n’y eu guère que le fun-hoppa Kout’o qui se risqua dans un tacle plongeant… pour finir la tête plantée dans le gazon. L’instant d’après Yatziri, confirmant son statut de meilleure marqueuse des RFU, égalisa… un peu surprise de sa propre chance. Un partout.
Mais il restait encore beaucoup de temps. Sur la remise en jeu, la colère s’abattit sur les amazones : deux furent évacuées KO, et deux autres grignotaient temporairement la pelouse. Contusionnées, des bleus aux bras et aux jambes, quelques dents en moins, les courageuses filles se déployèrent sur la largeur du terrain. Avec un peu de morgue, elles firent signe aux trolls d’avancer s’ils osent. Bah… ils osèrent carrément. Les amazones se mirent à jouer à leur jeu préféré du « attrape-moi si tu peux » à grand renfort d’esquives. K’aax, nouvelle recrue, se montra moins habille que ses copines et décida subitement de mettre fin à sa carrière pour un bête cou brisé.
Il en fallait plus pour décourager mes sœurs. Elles parvinrent à percer la cage des snot’ et la balle chuta ! À partir de ce moment, ce fut du grand n’importe quoi : un snot’ rata une esquive pourtant aisée, T’nieu fut tué net par le bourre-pif d’une amazone et, au milieu de tout ça, explosa une bombe qui dispersa sandales, casques, quelques doigts et un œil jusque au cœur du public, ravi. La mêlée ne s’acheva que lorsque l’arbitre décida que c’en était trop pour lui et qu’il avait déjà mérité plusieurs fois son pot-de-vin
Match nul. Au grand dam du coach Tr3ize qui se demandait encore pourquoi Nuffle l’avait tant boudé, néanmoins assuré de la première place de la division bleusaille et donc de sa participation aux Play-Off. Quant à moi je repérai aux quatre coins du stade quelques Chaméléons armés de sarbacanes aux fléchettes que j’imaginais empoisonnées. Mon cœur rata un battement lorsque je les vis se glisser vers le terrain. Heureusement, je compris très vite que notre astuce avait fonctionné car ils ne se dirigeaient pas mes sœurs mais en direction d’un homme au regard fourbe qui tirait le plus délicatement possible les poils d’un Yhetee d’une taille intimidante (le Yhetee, pas les poils).
Quatrième de leur division, les Rain Forest United ne gagneraient pas le trophée de la Châtaigne cette année. Cependant, là ne réside pas l’essentiel. Notre tribu est sans doute sauvée de la malédiction, Alton puni pour son avidité, et j’ai espoir qu’en rentrant en Lustrie nous retrouverons une forêt aussi verte et humide qu’une serviette-éponge de joueur de Nurgle.
Bisous. Votre fils dévoué,
George (de la jungle)
* Véridique !… à moins que ce ne soit parce qu’il a ingurgité 13 pintes de Bloodweiser cul-sec pour fêter son trophée.
** cf. présentation des Rain Forest United.
*** oui, ce métier existe à l’Union de la Châtaigne – tout autant que celui de masseur de pieds de Bloater Nurgle –, mais le salaire pour une saison entière est quarante-sept fois inférieur à ce que touchent les commissaires Greg ou Bob pour un seul match… sans compter les risques de morsures.



