Auteur/autrice : Romuald

« La Première Règle du Faîne Club : il est strictement interdit de parler du Faîne Club ! »

Les mots que je dépose sur ce parchemin constituent autant mon testament que le témoignage d’autant d’injustices que je n’ai de compagnons. Je suis le Prince Aririon d’Yvresse – ou plutôt je l’étais – car je fus déchu de ce titre. La raison en est tragiquement simple, à tel point que l’on pourrait croire à une plaisanterie… hélas les Asur ne sont pas réputés pour leur sens de l’humour. À l’origine : mon obsession qui est celle de tous les compagnons partageant mon exil, cette passion en mon âme inexplicable mais tout aussi implacable que les vents du Grand Vortex de Caledor. Elle tient en deux simples mots : Blood Bowl.


Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours conçu une passion dévorante pour ce sport. Très jeune (je n’avais pas encore atteint mon quarantième hiver), mon oncle adoré Panasonil m’offrit un petit orbe pour la fête d’Hoeth, au grand dam de mon père. Dans cette chambre si grande du palais de mes parents que je n’en distinguais pas les murs, derrière les voiles de soie tendus de mon lit à baldaquin, enfoui sous des montagnes d’oreillers, je visionnais sur mon orbe avec une ferveur sans cesse renouvelée les matchs de Blood Bowl en Cabal Vision (avec un abonnement Crânal Plus piraté).

Ces nuits joyeuses hors du temps auraient pu durer une éternité d’Elfe, mais un jour que je revenais de la Skholè je ne trouvai plus mon orbe dans sa cachette, un recoin d’un de mes placards connu de moi seul (enfin, le pensai-je). Mon père, sans doute informé par un serviteur bien intentionné et inquiet pour ma moralité, me l’avait confisqué à tout jamais. J’entrai alors dans l’adolescence elfique (123 ans) avec une rage que peu d’Asur expérimentent un jour. Sans concession comme on peut l’être à cet âge vert, je n’accordais pas le pardon à mon père. Tout au contraire, je réagissais en rencontrant en secret des amis – aristocrates mêlés à des Elfes de plus basse extraction – qui, comme moi, vouaient un intérêt fiévreux au Blood Bowl. Très vite, nous organisâmes des matchs amateurs dans les plus profondes caves des plus formidables châteaux d’Ulthuan.

Sachez que les jeunes Hauts Elfes sont épris des Grands Hêtres de nos jardins suspendus. Au contraire des hêtres ordinaires des royaumes mortels, les Grands Hêtres donnent des fruits que nous consommons avec déraison et dont les sucs enivrent nos sens et réveillent en nous l’envie d’en découdre… et de pratiquer encore plus violemment le Blood Bowl ! Les fruits du hêtre sont appelés faînes. Afin de préserver le secret de nos rencontres, nous décidâmes de suivre un code de conduite dont la première règle déclarait « Il est strictement interdit de parler du Faîne Club *».

Le matin nous cueillait avec des lèvres fendues et des pommettes tuméfiées. Bientôt, et c’est là sans doute la nature des Hauts Elfes, d’une manière ou une autre le secret fut éventé. Par les Parents pour les uns ou Seigneurs pour les autres, chacun d’entre nous fut jugé de façon humiliante puis condamné à l’exil… à moins de rejeter sous serment cet amour indécent du Blood Bowl. Que les Anciens en soient témoins, aucun de nous ne céda (sauf ce gros lâcheur de Malirion que depuis nous surnommons « le dégonflé »**).

Dès le lendemain, nous volâmes un grand navire et prîmes la mer pour rejoindre le Vieux Monde et ses Humains si vulgaires… sans parler de tous ces Nains poilus et puants du bec. Mais il s’agissait là du prix à payer que nous acceptons avec joie afin de vivre enfin notre rêve. Hélas nos déconvenues n’avaient pas encore pris fin : de toutes les Ligues du Vieux Monde seule celle de la Châtaigne accepta la candidature de notre valeureuse équipe, au sein de la division la plus basse… Une humiliation de plus. Qu’importe ! Aujourd’hui je suis le Prince Dragon n°4 des Ulthuan Faîne Club : allons asséner à l’univers l’étendue de notre talent ! Et un jour glorieux, quand nous aurons lavé tous ces affronts par de sanglantes victoires, avec ou sans dents de devant nous rentrerons en Ulthuan la tête haute.

* sauf à ses amis proches (qui ont promis de pas répéter sur la tête de leurs serviteurs) et aux serviteurs dont la langue a été préalablement arrachée
** mais le plus souvent on l’appelle « Bourse Molle »

La famille, c’est sacré !

Elle a fait un snotling toute seule

Très chère mère,

Le sommeil me fuit depuis cette nuit d’infamie où – sous l’influence néfaste de quelques champignons délétères – mes sœurs subtilisèrent le trésor des Hommes-Lézards. Comment lever la malédiction qui pèse dorénavant sur la tribu ? Or, grâce à vos rituels à base d’origan et de triple doses de rhum, vous entendîtes la sage parole des Anciens : « Rendre les joyaux aux Hommes-Lézards ne suffira pas. Ni s’en séparer volontairement ou les céder d’une manière ou d’une autre. Non… cette malédiction ne peut s’achever que sur une vengeance mortelle. Les amazones n’ont pas d’autre salut qu’un être avide s’empare à son tour du trésor pour en devenir la nouvelle cible. Mais votre temps est compté. »

Cependant… je suis aussi grand amateur de Blood Bowl et sur ce plan aussi je soutiens mes sœurs de toutes mes forces ! Les Play-Off ont déjà débuté, mais je m’en vais vous narrer le dernier match de la saison régulière au cours duquel les RFU rencontrèrent les terrifiants et invaincus snotlings du célèbre coach Tr3ize (surnom obtenu en marquant autant de touchdowns au seul tournoi du Suprem Brawl IV *). Un défi de taille.

Les Snot Lives Matter préparèrent leur match en travaillant sérieusement le corps arbitral afin qu’il devienne particulièrement attentif à leurs arguments tout au long de la soirée, tant et si bien qu’un snotling fut promu arbitre central ! De plus, ils louèrent les services de la star Varag. Cela n’augurait rien de bon pour les amazones…

Le coup d’envoi fut donné par les RFU… et les premières baffes par les deux trolls entraînés des SLM, le tout accompagné d’un lancer de bombe. À peine le temps d’épeler S.N.O.T, que quatre filles se retrouvèrent sonnées. On entendit coach Romu déglutir jusqu’aux plus hauts gradins. La suite fut une succession d’explosions, coups de poing, agressions au sol, et autres écrasement de membres sous les lourdes roues d’un Pump Wagon… Les amazones encore debout tentent un repli stratégique à base d’esquives.

Ça piaillait et bondissait de partout, on aurait dit une halte-garderie (l’odeur de latrines plus marquée en sus)… jusqu’au moment où coach Romu se rendit compte qu’il avait aligné non pas onze, mais douze amazones en début de match ! Sans doute sous l’effet de la panique… Magnanime, Tr3ize invita la n°10 des amazones à rejoindre volontairement le banc de la réserve et renonça à poser une réclamation en dix-sept exemplaires aux commissaires. Gênance, tout de même. Cette erreur avait-elle faussée la partie ? En dénombrant ses quatre joueuses restantes sur le terrain, coach Romu estima que non, en fait.

Le Rouleau-compresseur des Snot Lives Matter poursuivit sa course et la balle franchit la ligne d’en-but juste avant la mi-temps. Le moral des amazones chuta plus bas que le niveau d’hygiène d’un Squig.

Papaoutai

Pendant la pause, mon esprit dériva sur nos soucis actuels. Nul ne sait que je suis votre fils malgré mon teint un peu mate. Or ma maîtrise du Reikspiel est irréprochable et les plus suspicieux me pensent tiléen ou estalien. Qu’importe… en début de saison, j’étais parvenu à me rapprocher de cet Alton Verchulfen** dont je ne pouvais croire qu’il fût aussi cupide et méprisable que votre description me le fit entendre. En vérité, il l’était tant et plus que je faillis tomber de ma chaise. Face à lui j’ai joué le candide, fleuretant avec la stupidité dans le but d’être associé à son dessein de voler le trésor. Et c’est exactement ce qu’il advint.

Alton me missionna vous espionner sans soupçonner que j’étais à votre service. Je lui rapportai alors l’histoire que nous avions convenu tous deux. Les amazones, lui dis-je, conservent le trésor jour et nuit près d’elles. Pour ne pas attirer l’attention, elles le remisent non pas dans un coffre mais au fond de leur sac de linge sale qu’elles glissent sous leur banc de touche pendant les matchs. Comme prévu, Alton en déduisit que le meilleur moment pour subtiliser le trésor serait lors de la mi-temps, quand les filles se désaltèrent d’une Caipirinha revigorante. Je lui fournis un déguisement d’épilateur de Yhetee *** pour qu’il puisse entrer sur le terrain sans attirer l’attention. Lors du match précédant contre les Mératnicus, grâce à ce subterfuge mais aussi et surtout parce que toute l’équipe des Rain Forest United avait été prévenue de notre plan, Alton s’empara du sac de linge sale… et par là-même du trésor des Hommes-Lézards.

Mon enfant, ma bataille

Mais comment savoir si ce vol avait eu pour effet de lever la malédiction ? Tout à mes réflexions, je ne vis pas le jeu reprendre. Grâce à leur profondeur de banc et malgré les nombreuses sorties, les RFU purent aligner dix joueuses. Sans solution, les amazones décidèrent simplement de jouer le tout pour le tout. Elles réceptionnèrent la balle proprement et la remontèrent à la vitesse de l’éclair jusqu’au milieu de terrain. Les Piranhas fusèrent sur les côtés – dont une portait la balle – et quelques claques furent distribuées aux snot’.

Nuffle serait-il un dieu qui récompense l’audace ? Pas toujours – nous le savons bien –, mais ce soir-là il fut très taquin avec le coach Tr3ize. La défense des snot’ se déploya… mais rien ne se déroula comme prévu. Le Pump-Wagon cala au lieu d’écraser une amazone, le petit morveux en fond de ligne avec sa bombe ne trouva rien de mieux qu’exploser la face d’un de ses camarades et l’envoya à l’infirmerie malgré les rappels aux entraînements… mais les snot’ ont-ils l’habitude d’écouter leur coach ? Bien sûr que non : ils ne sont bons qu’à sautiller, mordiller et ricaner !

Il n’y eu guère que le fun-hoppa Kout’o qui se risqua dans un tacle plongeant… pour finir la tête plantée dans le gazon. L’instant d’après Yatziri, confirmant son statut de meilleure marqueuse des RFU, égalisa… un peu surprise de sa propre chance. Un partout.

Mais il restait encore beaucoup de temps. Sur la remise en jeu, la colère s’abattit sur les amazones : deux furent évacuées KO, et deux autres grignotaient temporairement la pelouse. Contusionnées, des bleus aux bras et aux jambes, quelques dents en moins, les courageuses filles se déployèrent sur la largeur du terrain. Avec un peu de morgue, elles firent signe aux trolls d’avancer s’ils osent. Bah… ils osèrent carrément. Les amazones se mirent à jouer à leur jeu préféré du « attrape-moi si tu peux » à grand renfort d’esquives. K’aax, nouvelle recrue, se montra moins habille que ses copines et décida subitement de mettre fin à sa carrière pour un bête cou brisé.

Il en fallait plus pour décourager mes sœurs. Elles parvinrent à percer la cage des snot’ et la balle chuta ! À partir de ce moment, ce fut du grand n’importe quoi : un snot’ rata une esquive pourtant aisée, T’nieu fut tué net par le bourre-pif d’une amazone et, au milieu de tout ça, explosa une bombe qui dispersa sandales, casques, quelques doigts et un œil jusque au cœur du public, ravi. La mêlée ne s’acheva que lorsque l’arbitre décida que c’en était trop pour lui et qu’il avait déjà mérité plusieurs fois son pot-de-vin

Match nul. Au grand dam du coach Tr3ize qui se demandait encore pourquoi Nuffle l’avait tant boudé, néanmoins assuré de la première place de la division bleusaille et donc de sa participation aux Play-Off. Quant à moi je repérai aux quatre coins du stade quelques Chaméléons armés de sarbacanes aux fléchettes que j’imaginais empoisonnées. Mon cœur rata un battement lorsque je les vis se glisser vers le terrain. Heureusement, je compris très vite que notre astuce avait fonctionné car ils ne se dirigeaient pas mes sœurs mais en direction d’un homme au regard fourbe qui tirait le plus délicatement possible les poils d’un Yhetee d’une taille intimidante (le Yhetee, pas les poils).

Quatrième de leur division, les Rain Forest United ne gagneraient pas le trophée de la Châtaigne cette année. Cependant, là ne réside pas l’essentiel. Notre tribu est sans doute sauvée de la malédiction, Alton puni pour son avidité, et j’ai espoir qu’en rentrant en Lustrie nous retrouverons une forêt aussi verte et humide qu’une serviette-éponge de joueur de Nurgle.

Bisous. Votre fils dévoué,

George (de la jungle)

* Véridique !… à moins que ce ne soit parce qu’il a ingurgité 13 pintes de Bloodweiser cul-sec pour fêter son trophée.
** cf. présentation des Rain Forest United.
*** oui, ce métier existe à l’Union de la Châtaigne – tout autant que celui de masseur de pieds de Bloater Nurgle –, mais le salaire pour une saison entière est quarante-sept fois inférieur à ce que touchent les commissaires Greg ou Bob pour un seul match… sans compter les risques de morsures.

Une souris verte… à cause de la Malepierre

Qui courait (vite-vite) dans l’herbe

Grand honneur pour moi-moi d’avoir été désigné ramasseur de balle pour ce match des Mératnicus, mon équipe préférée. Ce soir, on rencontre les Rain Forest United pour la 6ème journée de la ligue Bleusaille. Elles sont redoutables dans leur genre-genre, et elles aiment la course et le jeu de passe comme nous-nous. Skeek. Mais pas autant.

Content-content je suis d’être en bord de terrain. À quelques mètres de moi, le coach Piaka qui prodigue ses dernières consignes à ses coureurs d’égouts. Piaka humain et pas skaven, certes, mais adepte du beau jeu-jeu et de l’audace. Iiiik.

Mais inquiet je suis. Mératnicus pas pu aligner tous leurs joueurs, obligés de recourir à un blitzer mercenaire, Jean-Claude. Heureusement, Gluntch est revenu-revenu ! Gluntch, c’est leur Rat-Ogre… et aussi mon cousin au 2ème degré par ma grand-mère Moulder. Énorme il est alors que moi minus-minus, car tombé dans la Malepierre quand il était petit. J’en profite pour lui faire signe, il fait comme s’il ne m’avait pas vu. C’est un grand timide-timide.

Coup d’envoi, nos skavens réceptionnent le ballon sans encombre. Attaque classique se déploie : les coureurs d’égouts débordent sur les deux flancs. Les lanceurs se font une petite passe pour s’échauffer. Snick Mainfrétille passe devant moi à toute allure, déjà la balle entre les pattes ; je perçois le musc de la guerre qui émane de lui-lui. Les amazones organisent leur défense, mais c’est trop tard-tard : leur Jaguar est repoussée… Touchdown pour les Mératnicus !!! Alors que le match vient à peine de débuter ! Pour fêter la marque, mon cousin croque un juteux halfling peu inspiré de s’être installé au premier rang. Iiiik, iiik, iiik !

Quelques taupes apparaissent sur le terrain, j’en attrape une pour mon propre en-cas. Les RFU réceptionnent la balle en fond de ligne et organisent tranquillement leur cage-cage. Moi, je ne suis pas serein. Les skavens commencent à tomber : KO par-ci, commotion par-là. Mon cousin, malgré sa pui-puissance, n’arrive pas à percer la ligne de défense. Les coureurs d’égouts n’arrivent pas plus à se fau-fau-faufiler. Mainfrétille au sol. Pas beau jeu, le coach Romu ne prend aucun risque. Skeek. Par les poils de fesses du dieu-cornu, voilà mon cousin séché par une simple humaine qui a visé son genou faible ! Et la Python-capitaine qui égalise sans oser une seule passe-passe. Peuh ! J’envoie un crachat en direction du banc de touche des RFU.

Je l’attrape par la queue, j’casse les pattes à ce vicieux

Profite de la mi-temps pour inhaler un peu de poudre de Malpierre. Plus lucide-lucide, je me sens. D’ailleurs, seul je suis à m’apercevoir qu’un humain est venu farfouiller sous le banc de touche des RFU. Il leur a dérobé un sac qui avait l’air lourd-lourd *. J’ai rien dit, tant pis pour elles, bien fait-fait !

Les Mérat’ donnent le coup d’envoi. Maladresse-maladresse ! Je ramasse le ballon-ballon qui est sorti et rechigne à le rendre aux RFU, mais finis par céder car la vieille shamane amazone me lance un regard si perçant que je sens ma fourrure s’hérisser.

Maudites humaines qui appliquent une nouvelle fois leur tactique efficace mais pas belle-belle. Mon cousin perd patience et déchire un de ses coéquipiers. Pas bon. Depuis tout petit, Gluntch présente des problèmes de gestion de la colère-colère. Au tour des coureurs d’égouts d’intervenir et cette fois ils arrivent à sauter par-dessus les jambes et éviter les crochets des humaines. Mainfrétille parvient même à arracher la balle qui tombe sur le gazon-gazon, à quelques mètres de notre en-but ! Les Jaguars avec leurs gros muscles interviennent mais ça tourne court et leur capitaine se retrouve sonnée ! Joie-joie ! … de courte durée, hélas. Mérat’ ratent blocage sur blocage, faucher se font. Iiiik. L’autre Python se saisit de la balle, protégée par les Jaguars et marque à son tour. RFU mènent 2-1. Je rage-rage.

Sur l’engagement qui suit, avec le peu de joueurs restant, les Mérat’ organisent une cage en nid d‘abeille. Reste si peu de temps… attaque de la dernière chance, passe, transmission… mais ratée-ratée. Déçu-déçu. Baroud d’honneur, on fait la passe en direction de mon cousin, le Rat-Orgre… qui réceptionne superbement avant d’enfoncer la ligne des amazones en force ! Beau jeu ! Panache-panache. Hélas l’arbitre porte le sifflet à sa bouche d’elfe pourri.

Perdu on a, mais le museau haut. Record des passes toutes divisions confondues, nous détenons-détenons !!! Sentiments mitigés, je quitte la ligne de touche rapidement, non sans avoir crevé tous les ballons avec mes griffes et pissé abondement sur le linge des amazones pendant qu’elles fêtaient leur victoire. Beau jeu, oui-oui ; fair-play, non-non ! Skaven je suis, skaven je reste-reste…

* Note au lecteur : notre rongeur-narrateur aura surpris Alton Verchulfen dans ses basses œuvres (cf. présentation des Rain Forest United)

Une rencontre qui ne rime à rien

Je suis venu pour la victoire, Hugo

Un spectateur un peu particulier était présent au match opposant l’équipe des Orcs Juice menée par coach Ludovic aux Amazones des Rain Forest United de coach Romu : Morulg le Pouète, seul Peau-Verte du Vieux Monde connu pour ses (pseudo) talents littéraires.

Sachant qu’un orc est immédiatement massacré par ses congénères si l’on découvre qu’il est capable de scribouiller plus de trois mots sur un parchemin (car un orc doté d’une étincelle d’intelligence est toujours suspect), Morulg fait donc office de surprenante exception de longévité dans ce domaine. L’incrédulité se dissipe quand on connaît sa mère – célébrée sous son nom de guerre « l’Orque-Ogresse » – qui le couve d’un amour inconditionnel et écœurant.

Comment un tel individu, surnommé in peto Gros Fayot ou Brindille Bavarde, a-t-il pu voir le jour ? L’explication tient peut-être dans sa légende, car, dit-on, son père serait un elfe sylvain fou (et au goût en femmes très discutable) qui lui aurait enseigné les rudiments de la poésie asraï et de la langue Eltharin (avec plus ou moins de réussite).

Et pas de bol : Morulg a débarqué en tribune de presse sans y être invité pour nous proposer de commenter le match à sa façon ! J’ai d’abord exprimé un non catégorique, puis il a désigné sa mère postée en bord de terrain, alors j’ai accepté avec empressement. Voici donc son compte-rendu que nous avons (très fortement) adapté pour qu’il soit un minimum compréhensible par des êtres civilisés. Que notre noble lectorat nous excuse par avance pour le non respect des pieds (qui puent), les syllabes orques sont complexes à traduire car le plus souvent composées à base de rots…

Demain, dès l’aube, j’te bastonnerai

– par Morulg le Pouète –

Jolie nuit de fol match sous un soleil paisible
Rebelles Amazones, fiers Orcs irascibles
Prêts à se confronter, déposer le ballon
Sur le gazon, gaiement, sans prendre trop de gnons

Les Orcs Juice affaiblis ont loué en secret
D’un sorcier de grand feu les talents peu discrets
D’envoi balle sortie, au petit gobelin
la gonfle redonnée, de son troll orphelin

La cage s’est formée, au centre le minus
Derrière les bigs boss, protégé son anus
Hélas les Amazones, rusées et revêches
Ralentissent l’orgueilleux tank ne trouvant brèche

Sur farouches sirènes, boule de feu lancée
Mais le sort est fané, sans heurt enregistré
Le Gob tournicote, la ligne de défense
serre les rangs, Jaguars prêtent à percer panse

Panique, passe, course de dernière chance
Ô Nuffle qui réfute cette impatience
Ainsi mi-temps se finit, malgré plusieurs KO
Celles de la jungle tiennent : zéro zéro

Protagonistes sur le terrain retournent
Trois filles assommées et sur le bord séjournent
Quand bien même : onze, le beau chiffre respecté
Le ballon est botté dans les cieux azurés

Avec assurance, RFU s’élancent
À l’assaut de l’en-but des Vertes-Peaux rances
Or l’attaque hésite ; gauche, centre, droite ?
Car les Orcs brandissent gros poings qui déboîtent

Est-ce le trac, la peur, qui saisit la Python ?
Ou bien l’amertume de devoir le ballon
Conserver en son sein sans pouvoir transmettre
À ses amies qui n’avancent plus d’un mètre ?

L’hésitation est mauvaise conseillère
L’Orc numéro six, surgit, fait mordre poussière
Cuir roule par terre, fuit les uns les autres
S’en suit mêlée, la Piranha se vautre

Frappée dans sa course, son triste sort sera
de louper prochaine journée de championnat
Est-ce la fin ? Tout ça pour ça ? La mort du fun ?
Alors que cette soirée est encore jeune ?

Soudain, comme un éclair, une réponse à Nuffle
Se dressa une Jaguar, prête à un exploit, seule
Quatre de la jungle, blitze avec panache
Par force par rage, la balle elle arrache

Grâces avaient-elles été rendues aux Grands Anciens ?
Offrandes d’encens, fleurs ou cœur de gobelin
Avant de pénétrer sur le gazon sacré ?
Les furieuses auront longtemps à regretter

Ce manque de piété, car les dieux sont jaloux
Savent se venger ; faire chuter dans la boue
Celle qui pensait être la prochaine vedette
Voilà notre belle amie balle en main et prête

À se ruer de suite vers l’horizon chantant
Hélas point de gloire ni d’applaudissements
Car il est bien tard ici et l’arbitre siffle
la fin de la partie laissant notre sylphe

À ses larmes amères de ne pas avoir pu
Gagner l’en-but des orcs, destin interrompu
Ce match s’est achevé sans offrir de victoire
À aucun des deux coachs au score dérisoire