Je suis venu pour la victoire, Hugo

Un spectateur un peu particulier était présent au match opposant l’équipe des Orcs Juice menée par coach Ludovic aux Amazones des Rain Forest United de coach Romu : Morulg le Pouète, seul Peau-Verte du Vieux Monde connu pour ses (pseudo) talents littéraires.
Sachant qu’un orc est immédiatement massacré par ses congénères si l’on découvre qu’il est capable de scribouiller plus de trois mots sur un parchemin (car un orc doté d’une étincelle d’intelligence est toujours suspect), Morulg fait donc office de surprenante exception de longévité dans ce domaine. L’incrédulité se dissipe quand on connaît sa mère – célébrée sous son nom de guerre « l’Orque-Ogresse » – qui le couve d’un amour inconditionnel et écœurant.
Comment un tel individu, surnommé in peto Gros Fayot ou Brindille Bavarde, a-t-il pu voir le jour ? L’explication tient peut-être dans sa légende, car, dit-on, son père serait un elfe sylvain fou (et au goût en femmes très discutable) qui lui aurait enseigné les rudiments de la poésie asraï et de la langue Eltharin (avec plus ou moins de réussite).
Et pas de bol : Morulg a débarqué en tribune de presse sans y être invité pour nous proposer de commenter le match à sa façon ! J’ai d’abord exprimé un non catégorique, puis il a désigné sa mère postée en bord de terrain, alors j’ai accepté avec empressement. Voici donc son compte-rendu que nous avons (très fortement) adapté pour qu’il soit un minimum compréhensible par des êtres civilisés. Que notre noble lectorat nous excuse par avance pour le non respect des pieds (qui puent), les syllabes orques sont complexes à traduire car le plus souvent composées à base de rots…
Demain, dès l’aube, j’te bastonnerai
– par Morulg le Pouète –
Jolie nuit de fol match sous un soleil paisible
Rebelles Amazones, fiers Orcs irascibles
Prêts à se confronter, déposer le ballon
Sur le gazon, gaiement, sans prendre trop de gnons
Les Orcs Juice affaiblis ont loué en secret
D’un sorcier de grand feu les talents peu discrets
D’envoi balle sortie, au petit gobelin
la gonfle redonnée, de son troll orphelin
La cage s’est formée, au centre le minus
Derrière les bigs boss, protégé son anus
Hélas les Amazones, rusées et revêches
Ralentissent l’orgueilleux tank ne trouvant brèche
Sur farouches sirènes, boule de feu lancée
Mais le sort est fané, sans heurt enregistré
Le Gob tournicote, la ligne de défense
serre les rangs, Jaguars prêtent à percer panse
Panique, passe, course de dernière chance
Ô Nuffle qui réfute cette impatience
Ainsi mi-temps se finit, malgré plusieurs KO
Celles de la jungle tiennent : zéro zéro
Protagonistes sur le terrain retournent
Trois filles assommées et sur le bord séjournent
Quand bien même : onze, le beau chiffre respecté
Le ballon est botté dans les cieux azurés
Avec assurance, RFU s’élancent
À l’assaut de l’en-but des Vertes-Peaux rances
Or l’attaque hésite ; gauche, centre, droite ?
Car les Orcs brandissent gros poings qui déboîtent
Est-ce le trac, la peur, qui saisit la Python ?
Ou bien l’amertume de devoir le ballon
Conserver en son sein sans pouvoir transmettre
À ses amies qui n’avancent plus d’un mètre ?
L’hésitation est mauvaise conseillère
L’Orc numéro six, surgit, fait mordre poussière
Cuir roule par terre, fuit les uns les autres
S’en suit mêlée, la Piranha se vautre
Frappée dans sa course, son triste sort sera
de louper prochaine journée de championnat
Est-ce la fin ? Tout ça pour ça ? La mort du fun ?
Alors que cette soirée est encore jeune ?
Soudain, comme un éclair, une réponse à Nuffle
Se dressa une Jaguar, prête à un exploit, seule
Quatre de la jungle, blitze avec panache
Par force par rage, la balle elle arrache
Grâces avaient-elles été rendues aux Grands Anciens ?
Offrandes d’encens, fleurs ou cœur de gobelin
Avant de pénétrer sur le gazon sacré ?
Les furieuses auront longtemps à regretter
Ce manque de piété, car les dieux sont jaloux
Savent se venger ; faire chuter dans la boue
Celle qui pensait être la prochaine vedette
Voilà notre belle amie balle en main et prête
À se ruer de suite vers l’horizon chantant
Hélas point de gloire ni d’applaudissements
Car il est bien tard ici et l’arbitre siffle
la fin de la partie laissant notre sylphe
À ses larmes amères de ne pas avoir pu
Gagner l’en-but des orcs, destin interrompu
Ce match s’est achevé sans offrir de victoire
À aucun des deux coachs au score dérisoire



